Pour un théâtre des milieux

Sommaire

Milieux : récit d’expérience

Il y a trois ans nous avons déposé un dossier de demande d’aide auprès de la DRAC Occitanie, pour que le lieu de résidence de la Cie l’hiver nu devienne un AFA (atelier de fabrique artistique). Pour cette démarche, nous avons réfléchi à l’identité de la fabrique et à ce qui la caractérise. Nous avons alors imaginé utiliser le terme de théâtre paysan, dénomination que nous lions au lieu de la fabrique du Viala. Au sein de la compagnie pour notre démarche de création, nous parlons de théâtre des milieux. Notre fabrique théâtrale paysanne est au service d’une recherche pour un théâtre des milieux. Nous proposons d’exposer ici notre expérience et l’origine pour nous de ce théâtre des milieux et de parler ensuite plus spécifiquement de la fabrique du Viala et du théâtre paysan.

La démarche de la Cie l’hiver nu « pour un théâtre des milieux » que nous portons depuis sept ans, est née avec la découverte de la pensée de la philosophe des sciences Isabelle Stengers et de l’écofeministes Starhawk. Cette recherche d’un art qui porte attention à l’ensemble des vivants et de leurs relations s’inscrit dans la continuité d’un des fondements de la compagnie : créer en relation avec les lieux dans lequel nous nous trouvons. Là où nous sommes, nous faisons.

Milieux : des lieux à habiter

En 2008, la décision de s’installer et de créer une compagnie en Lozère acte le démarrage de ce processus. Après 10 ans de vie artistique parisienne, nous ne souhaitions plus jouer uniquement pour un petit groupe d’initié.e.s (artistes et bourgeoisie culturelle). Nous imaginons alors un projet de théâtre chez l’habitant en Lozère, J’ai marché sous les pierres, avec comme sous-titre : Mythologie contemporaine et imaginaire d’une vallée. C’était un feuilleton théâtral en 9 épisodes sur une année pour aller à la rencontre d’autres publics. Nous disions alors avoir l’impression de jouer devant un « véritable public », mélangé. Il était composé d’instituteurices, de facteurices, de paysan.nes, de commerçant.es, de libérales, de retraité.es, d’artisan.es, de travailleurs.euses sociaux, et un peu de jeunes, même s’il y en avait très peu à l’époque (Il n’y avait pas d’université en Lozère…). En travaillant sur la question du mythe, nous interrogions déjà la place du récit dans la dynamique collective.

Dans la foulée, l’opportunité de créer un lieu compagnie dans ce département, nous a poussé à porter attention à la relation au territoire. Qui habite ici ? Pour qui et avec qui créons-nous ? Avec ces questions, nous posions les prémices d’un art théâtral situé. En réaction aux directives et aux politiques culturelles nationales universalistes descendantes nous voulions faire théâtre en relation avec ceux qui habitent là (nous pensions alors aux habitants humains).

Milieux : des lieux à habiter en commun

En Lozère la présence artistique (artistes vivants sur le territoire) est faible, nous avions besoin d’échanger
avec d’autres artistes pour faire résonner nos préoccupations. En ouvrant un lieu, nous avons donc imaginé rendre possible cet échange par le biais de résidences. Cela permettait l’accueil d’artistes, mais aussi du public, des habitants des vallées autour, lors de sortie de résidences. Nous ne voulions pas être dans un rapport de programmation et de diffusion (qui est un autre métier à interroger…) nous souhaitions donner une place importante à la convivialité, nous avons donc imaginé les banquets d’hiver.

Les banquets d’hiver sont une invitation mensuelle à un grand repas collectif à prix libre, durant lequel nous proposons de mettre la convivialité au centre de la soirée et les propositions artistiques en périphérie. Décentrer la proposition artistique pour la rendre accessible, est aussi l’occasion pour nous et pour les artistes invité.e.s de créer en bordure, dans les marges. La création devient un élément d’une soirée collective et non plus le centre. Par extension l’ensemble des propositions peuvent devenir artistiques. L’attention portée à l’accueil des enfants (pour que tous parent puisse participer à la soirée et être sûr que l’un des parents ne soit pas exclus, souvent les mères quand les enfants sont petits) le fait que les spectacles jouent portes ouvertes (quiconque peut entrer et sortir pendant une pièce ou un concert en accord avec les artistes) sont aussi des pistes de réflexion. Ce banquet, végétarien, est inspiré de banquets vécus à Notre dame des landes. La mise en place de ce rendez-vous mensuel était aussi l’occasion de faire raisonner les inventions et les initiatives qui émergent dans ces lieux de luttes écologiques et sociales.

La mise en réseau avec d’autres compagnies, artistes, penseurs qui travaillent la relation aux milieux est un champ d’action important à développer… Nous discutons avec plusieurs compagnies sur la création d’un réseau local et régional.

Milieux : l’art théâtrale comme zone d’expériences

Dans la démarche de création de la compagnie la réflexion pour un théâtre des milieux, s’est affirmée lors du lancement du nouveau cycle de recherches en 2020, qui fait suite à un cycle sur la notion de catastrophe. Entre 2016 et 2021 nous avons créé trois spectacles autour de cette question, sur la catastrophe politique (autour des mouvements anarchistes espagnols), sur la catastrophe sociale (fermeture d’usine et l’écoféminisme comme moyen de lutte) et sur la catastrophe écologique (du point de vue des enfants).

Dans le cycle « POUR UN THÉÂTRE DES MILIEUX », nous cherchons à rendre visible les relations qui existent entre des vivants arpentant un même milieu. Éclairer les relations entre ces différents vivants et en laisser apparaître la poésie.

Lors de l’écriture de notre projet artistique nous avons posé la question de la recherche ainsi :
« Et si notre théâtre, aujourd’hui, devenait le lieu où se joue, se questionne, cette attention collective des humains à l’ensemble du vivant ? De quels récits, de quels nouveaux outils avons-nous besoin pour nous donner la possibilité d’une dramaturgie des vivants ?

Traditionnellement, nous considérons que le théâtre est l’art et le lieu d’exposition des conflits humains : Conflit avec les Dieux ou le Destin, conflits des hommes entre eux (conflits sociaux), conflits de l’âme (conflits psychologiques). Contrairement à la peinture, le théâtre propose peu de représentations de ce qui n’est pas humain. Aujourd’hui, nous souhaitons écrire pour le théâtre des conflits qui concernent et prennent en compte TOUS les vivants.

Ce faisant, nous nous engageons sur le chemin d’un théâtre que nous concevons comme un lieu d’échanges, un MILIEU, une zone d’expérience. Un lieu où nous pouvons dialoguer avec le monde DANS lequel nous sommes et non pas FACE auquel nous nous trouvons.

Nous disons « milieux » à la manière des naturalistes : milieux de vie, lieux où évoluent des êtres vivants, où des organismes échangent et cohabitent.

Cette recherche nous permettra d’établir les bases d’un THÉÂTRE DES MILIEUX. Elle aboutira à deux créations écrites par l’équipe de la compagnie l’hiver nu : « Récits des Milieux », et « Dialogues des plantes ».

Nous décidons d’aborder ce champ de recherche par le biais des végétaux. Notre scène sera un milieu naturel, les plantes en seront les personnages principaux. Nous souhaitons les convoquer comme sujet poétique, aller à leur rencontre et qu’elles nous racontent leur vision du monde. Elles seront notre centre, notre point d’équilibre (et donc de déséquilibre, nécessaire à l’acte de création artistique). Durant trois années de recherche, nous cohabiterons avec elles. Nous parlerons plante et nous retranscrirons ces échanges sous forme de pièces. »

Cette expérience avec le monde végétal d’une altérité radicale, comme nous l’a évoqué Barbara Métais Chastagnier, est aussi notre participation à la constitution d’autres récits de luttes : contre l’anthropocentrisme et la domination d’une pensée libérale utilitariste des mondes que nous habitons.

Milieux : pour un théâtre végétal – Dialogue des plantes

Où l’on imagine que le théâtre pourrait quitter le service du pouvoir et devenir enfin un lieu de retrouvailles entre vivants. Parce que le théâtre français est un art bourgeois, conçu par et pour les dominants, les classes blanches, supérieures, citadines et patriarcales. Parce qu’il est parfois, dans ses interstices, un art de la subversion et du renversement. Parce que nous le rêvons comme un art de la joie et de la rencontre, de l’expression plurielle de nos rêves les plus fous. Parce que nous savons que les récits des origines fondent nos identités culturelles et nos rapports à l’ensemble du vivant. Parce que nous pensons qu’il devient urgent d’en inventer d’autres ou d’exhumer ceux qui ont été enfouis par les pensées dominantes. Parce que nous sommes certain.e.s qu’un plateau de théâtre peut devenir le lieu de toutes les expériences, le lieu d’inventions de nouveaux rapports et de nouveaux mondes. Parce que la réalité apparaît comme toujours plus brutale. Parce que seuls nos imaginaires intimes métamorphosés en imaginaires collectifs sont capables de renverser l’ordre des choses. Parce que malgré la violence du système dans lequel nous sommes toutes et tous prisonnièr.e.s à plus ou moins grande échelle, il existe des poches de résistance et d’invention de plus en plus vives et originales, parce que ces enclaves nous donnent du courage. Parce que les vivants végétaux, et parmi elleux, les herbes se retrouvent tout en bas de la pyramide inventée par les hommes. Parce que les herbes qui habitent nos rues, nos villages, nos champs, nos forêts, nos montagnes comptent parmi les plus délaissées de tous les délaissés. Parce qu’elles nous piquent, nous griffent, nous envahissent, nous empoisonnent. Parce qu’elles sont nos aînées, parce qu’elles sauront toujours s’adapter mieux que nous, parce qu’elles ont tout à nous apprendre. Parce que les herbes, bonnes ou mauvaises, seront toujours du côté de la fugitive, de la SDF, de l’exilée, de l’ignorante. Parce que les herbes sont le premier ingrédient de la magie et que la magie est un outil comme un autre de ré-invention, réintégration de l’ensemble des vivants. Parce que la douceur est aussi une arme de renversement. Parce que le théâtre français, art de la parole si l’en est s’est totalement détourné du monde végétal. Parce que le théâtre a trop longtemps cru qu’il ne pouvait (re)mettre en jeu que des problèmes humains. Nous décidons aujourd’hui d’adresser l’ensemble de nos pièces présentes et à venir à l’ensemble des vivant.e.s, et en priorité à celleux qui sont les plus oublié.e.s, les plus déconsidéré.e.s, les plus malmené.e.s. Nous chercherons dorénavant à (re)donner la parole aux être vivants végétaux que l’on a crus muets jusque là. Nous considérons que « vivant » veut dire « vivant dans un milieu », et que prendre en compte les vivants c’est aussi prendre en compte les relations qui se tissent et forment les milieux. Dialogues des plantes est le premier acte de ce geste artistique qui nous amène au plus profond de nous même à repenser nos modes de créations, qu’il s’agisse de nos outils de productions comme de nos manières de créer et de penser. Dialogues des plantes n’est pas un spectacle, mais une démarche artistique plurielle et protéiforme. Dialogues des plantes est une invitation à se laisser habiter par des émotions douces, végétatives, parfois ultra violents, extatiques. Dialogues des plantes est une invitation à se retrouver ensemble dans un geste théâtral sans plateau ni décor, mais avec nos milieux pour scène, et l’ensemble des vivants pour acteur. Dialogues des plantes est un rituel sans cérémonie, un évènement théâtral sans climax. Dialogues des plantes est une série de divagations, déambulations. Dialogues des plantes est une étape, le moment d’acceptation que quand on recommence tout à zéro on est parfois malhabile, fragile. Dialogues des plantes, c’est cela : la mise en commun d’une certaine fragilité qui est sans doute la seule base pour renverser la catastrophe dans laquelle nous sommes plongé.e.s

Milieux : quand les milieux nous habitent : récit, magie et imaginaire

Cette émergence d’un théâtre des milieux, s’inscrit dans une démarche d’un changement de point de vue, d’un déménagement (Comme le propose la société écologique du post-urbain). Dans la continuité du slogan « Nous sommes la nature qui se défend », nous sommes une part du milieu, nous sommes le milieu qui parle. En tant qu’acteur.ices de théâtre nous essayons de l’incarner. Nous prêtons nos voix aux autres vivants le constituant.

Nous acceptons de jouer le jeu de l’anthropomorphisme pour entrer en lutte contre l’antropocentrisme, occidentcapitalocentrisme.

Cette incarnation des autres vivants des milieux est un acte artistique mais peut aussi être le chemin vers un acte magique, permettant un dés-envoutement. Nous pouvons considérer que la pensée libérale et une certaine forme de rationalisme utilitariste nous habite malgré nous. Nous pourrions imaginer avoir besoin d’être désenvouté, comme nous avons tenté de le faire avec humour dans le spectacle « Un pas au milieu des dragons ».

Nous sommes artistes associés aux scènes croisées de Lozère depuis 2016. Florian Oliveres, le directeur des scènes croisées a proposé de faire de cette scène conventionnée art en territoire un espace d’expérimentation artistique à l’échelle d’un département sur la question de nos paysages intimes. L’équipe réfléchit donc les collaborations avec des artistes sur cette question de l’intérêt au paysage et de tous les enjeux politiques, philosophiques et de sociétés que cela engendre. Nous avons dès le début évoqué avec Florian notre souhait pour la Cie l’hiver nu d’aborder la question par le biais de cette pensée des milieux. Le dialogue avec les scènes croisées implique une mise en résonance des deux termes, milieu et paysage.

Pour nous, à première vue et peut-être de manière un peu erronée le paysage implique d’être à l’extérieur pour le voir et le sens de la vue est le principal convoqué. Tandis qu’un milieu peut difficilement se voir, il se ressent. À part scientifiquement (en isolant) nous ne pouvons pas déterminer un milieu d’un point A à un point B. Le milieu change en fonction des êtres qui l’habitent. S’ils sont mobiles le milieu bouge avec eux. Cette relation de l’être au lieu et donc leur interdépendance rend la pensée des milieux intéressante théâtralement. En considérant que les milieux bougent avec les êtres vivants qui l’habitent, les lieux prennent vie et se déterminent par le fait d’être vivant ou du moins d’être composé de tous les vivants qui l’habitent.

Dans un autre sens le milieu (spatial), implique l’invisible. Du milieu (centre) d’un espace on ne peut pas voir son entièreté, il nous en manque forcément un bout. Si l’on est au centre d’une pièce, nous tournons toujours le dos à une partie. Le milieu implique donc le caché, l’invisible. Nous pourrions dire qu’un théâtre des milieux est un théâtre qui met au centre de la scène les relations invisibles qui existent entre tous les vivants.

Milieux : des lieux en luttes

Concernant le théâtre paysan, nous avons écrit :
« Depuis l’automne 2011, la compagnie l’hiver nu a installé son activité dans les locaux d’une ancienne ferme transformée en colonie de vacances puis en fabrique artistique.

Année après année, nous avons fait de cette fabrique un espace qui permet d’entremêler la recherche artistique de la compagnie, un accueil singulier d’artistes venus d’ailleurs et un soin tout particulier dans le partage des activités du lieu avec les habitant.e.s des vallées voisines.

Habitée de façon permanente par les membres de la compagnie et de façon intermittente par l’ensemble des usagers qui la traversent, la Fabrique Théâtrale du Viala se nourrit de toutes celles et ceux qui s’y investissent à court ou long terme. (…)

C’est au long d’une année faite de repas partagés, de fêtes artistiques, de laboratoires de recherche amateurs et professionnels, de présentations de travaux en cours, de conversations multiples, de répétitions ouvertes, que se nouent les interrogations d’artistes et de spectateurs ou praticiens amateurs autour du monde qui nous entoure et dans lequel nous sommes plongés. (…)

À l’opposé de la normalisation et de la simplification de nos vies, nous cherchons, par le biais du théâtre, à ouvrir des possibles en nous inspirant de la diversité et de la complexité que la « nature » nous offre (encore).

Nous vivons cette fabrique comme un lieu de lutte contre la séparation d’avec nos moyens de production, et contre la séparation entre artistes et habitants : notre objectif est de retrouver ce qui nous lie, nous, artistes et habitants, vivants en prise directe avec une vallée, des montagnes, « un pays ».
C’est pourquoi nous pensons ce lieu comme un Théâtre Paysan : un théâtre qui se construit avec ce qui est à portée de main, qui se vit avec les contraintes et les possibles des différentes saisons (culturelles et naturelles), qui s’élabore avec ce qui est simplement là, visible ou caché. Un théâtre qui vient tisser la vie avec la création et la poésie.

Un Atelier de fabrique artistique paysan, c’est un théâtre qui prend place dans un milieu, qui lui est lié. La création théâtrale qui habite ce lieu est nouée au rythme du pays, des gens, des saisons, du biotope. Elle porte attention au vivant et lui donne la parole. Elle est le reflet d’un théâtre des vivants dans leurs multiplicités. Multiplicités que l’on retrouve dans la non-spécialisation des tâches. Les femmes et les hommes paysan.e.s sont à la fois jardinier.e.s, maçon, météorologues, vétérinaires, géologues, bûcheron.e.s, paysagistes, marchand.e.e, charpentier.e.s. L’art, théâtral dont nous rêvons incorpore cette multiplicité des tâches. »

Nous avions aussi pensé le terme de théâtre paysan comme stratégie de lutte pour nous rapprocher des mouvements ruraux actifs : mouvement des zad, la confédération paysanne, terre de liens …

Le théâtre paysan est un acte politique, le théâtre des milieux est un acte poétique.

Milieux : des théâtres aux mille lieux

Le théâtre des milieux n’est pas un projet, c’est une manière de vivre l’art et un art de vivre.
Que cela soit au fin fond des Cévénnes sur un causse calcaire, à Nanterre ou à Riom . L’artiste qui chemine vers un théâtre des milieux développe une attention particulière aux vivants et à leur relation. Iel s’oppose à tout rapport de domination. Iel s’oppose donc à la suprématie de l’homme blanc mâle.

L’artiste pour un théâtre des milieux doit se réapproprier les moyens et les lieux de production à petite et à grande échelle, réfléchir ses collaborations sur un temps long (en dizaine d’années).

Iel s’inscrit dans une permanence. Iel résiste à l’événementiel du spectacle et de la politique, pour pouvoir rentrer en résistance à tout moment. Iel est nomade aussi bien que sédentaire.

Iel fait en sorte que la trace laissée sur le milieu lors de ses créations est la moins marquante possible. Iel travail l’art de l’effacement, de la symbiose plus que celui de la production d’oeuvre autonome. Iel fait en sorte de ne pas hiérarchiser les différents agents de la création. Iel fait partir la création de la matière , de l’écriture, aussi bien que des corps des actrices-eurs.

Iel privilégie les déplacements humains à ceux des marchandises. Iel considère son milieu de vie comme son espace de création et inversement.

Nous pourrions dire pour conclure cette première réflexion que notre engagement pour un théâtre des milieux s’inscrit dans un mouvement plus large. Un mouvement de pensée écologiste en lutte qui donne plus d’attention à l’ensemble des vivants et à leurs habitats, qui est à relier dans la foulée aux pensées féministes et décolonialistes en luttes. L’art théâtral que nous rêvons doit pouvoir participer à l’écriture de ces autres récits et les transformer en expérience. Les faire raisonner avec les mondes que nous habitons pour s’opposer au récit dominant d’un monde univoque où le néolibéralisme impose sa loi mortifère. Si nous avons fait le choix de nous installer en milieu rural, c’est que nous pensons et ressentons avoir une plus grande puissance d’agir à cet endroit. Ces espaces de campagnes sont à défendre, à décoloniser, à des-urbaniser. Ils doivent être ré-habités. Ils ne doivent plus être des espaces pour se ressourcer, ils ne doivent plus êtres des lieux « destinations » (touristiques ou d’aménagement), ils doivent être des lieux de vie, de création, d’invention permanente. Où d’autres manières de vivre, de créer et d’inventer sont expérimentées. Comme une manière paysanne qui s’oppose à la spécialisation des taches, à la séparation des moyens de productions. Une manière de poètes.ses où l’art et la vie sont intrinsèquement liés. Une manière de philosophes où la relation entre les êtres et leur cohabitation pour faire milieu ensemble est le centre de toutes nos attentions communes.